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    Chers ami(e)s,

     

    J’ai le plaisir de vous annoncer la parution de mon 23ème opus :

     

    Nguyễn Tấn Hưng

     

    Vent d’est et noroît

    Mémoires d’un passeur

     

    Préface de Pascal Bourdeaux

     

    290 pages

    ISBN : 978-2-35664-147-2

    Éditions Joseph OUAKNINE 

    http://www.ouaknine.fr 

    54, rue du Moulin à vent

    F-93100 Montreuil

    FRANCE

    Tél. : 01 48 70 06 59

    Courriel : joseph@ouaknine.fr 

     

    Veuillez en lire ci-après la Préface et l’Avant-propos.

     

    Très amicalement.

    Dông Phong

     

    Préface

      

    Pascal Bourdeaux

    Maître de conférences

    École Pratique des Hautes Études

    Et avant tout ami

     

    Ce jour, voyant le génie du foyer ông Táo prêt à chevaucher sa carpe pour partir au loin,

    Ce jour, sentant le fumet et l’ambiance festive du Têt monter au loin,

    C’est l’esprit tout imprégné de ce céleste imaginaire que je ressens dans un élan lyrique me pousser des ailes dans le dos. Non pas les ailes du désir, lesquelles proviendraient, comme dans le film éponyme, d’un renoncement similaire à celui des deux anges prêts à déchoir pour vivre la finitude de la condition humaine, mais plutôt les ailes de la fidélité lesquelles permettent plus prosaïquement le rapprochement et la rencontre de deux simples mortels. Le moment est venu de reprendre ces quelques notes couchées sur le papier il y a quelques mois et y mettre un point final, pour mieux honorer des relations d’amitié et permettre surtout au lecteur, en premier lieu aux enfants qui y sont abondamment cités, de plonger dans un récit que nous avons eu l’honneur de découvrir en avant-première.

    Depuis de longues années déjà existe la collection des contes d’une grand-mère publiée par une célèbre maison d’édition française spécialisée en littératures asiatiques. Rien de plus universelle cependant que cette pratique. Dans un autre temps, ce sont ainsi les contes d’une grand-mère de Georges Sand que les petits français pouvaient découvrir. Conformément à une tradition vietnamienne profondément ancrée et qui perdure encore aujourd’hui, la narration de ces contes a renforcé de tout temps les liens d’affection que tisse Bà ngoại, la grand-mère maternelle, avec ses petits-enfants (các cháu nhỏ). Bercés par d’antiques histoires et légendes où se côtoient les génies, les animaux féroces et les héros, ces derniers se sentent toujours, une fois qu’ils avancent en âge, redevables pour ces instants partagés, inaltérables et magiques. Nguyễn Tấn Hưng et Đông Phong, deux auteurs qui ne font qu’un, convient ici le lecteur, originellement son entourage familial, aux mêmes rivages des échanges entre générations. Mais c’est par une toute autre pérégrination qu’il le fait, celle du voyage intimiste d’un Ông nội, d’un grand-père paternel, se remémorant les tribulations d’une existence qu’il n’avait jusqu’alors raconté que par bribes, par anecdotes souvent lancées sans queue ni tête, selon les circonstances, comme on le fait lors des retrouvailles de famille.

    Si bien que le texte a été construit comme on monte un puzzle géant et auquel on aurait rajouté un cadre pour mieux le préserver. Fragments de pensées, d’aphorismes, de contes revisités, de poèmes bilingues ont été cousus les uns aux autres en tâchant de respecter une certaine logique, celle de la chronologie, quitte à contraindre le poème - se suffisant par nature à lui-même, tout comme le poète - à s’insérer dans une trame. Agrémentés de transitions explicatives, fondus dans des passages descriptifs, ces poèmes sont le souffle de cette autobiographie. Connaissant notre auteur, nous savons l’effort qu’il a dû consentir pour rendre homogène des bouts de poésies éparses, pour se mettre en scène et balayer les réticences de la pudeur, des sentiments du superflu et du vulgaire. Mais il n’en est rien, ce livre trouve un bel équilibre en liant la poésie et les horizons multiples qu’elle ouvre à une prose riche de repères contextuels et d’anecdotes quasi-ethnographiques.

    Baroque et subjectif, le texte qui s’est écoulé au fil de la plume est un témoignage émouvant qu’on lit avec délectation, comme un récit qui égrène des tranches de vie. Mais il est également un texte plein de sincérité et d’intelligence qui, comme toujours lorsque l’écriture naît de telles intentions, montre comment la petite histoire - celle de la famille - côtoie la grande, celle du pays ou en l’occurrence des pays, que ces derniers soient pays d’origine, pays de cœur ou pays d’adoption. L’une et l’autre de ces histoires s’éclairent mutuellement. On retrouve dans cette forme d’écriture la métaphore classique des lettrés confucéens qui évoquaient, il n’y a pas encore si longtemps, le petit concours (tiểu đăng khoa) pour parler des affaires privées et le grand concours (đại đăng khoa) pour évoquer l’homme qui s’édifie et se frotte aux examens pour atteindre le grade qu’il aura mérité et contribuer ainsi au bon fonctionnement de la société et des affaires de l’État. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard que nous retrouvions ce parallélisme tout au long du texte et l’expression au détour d’une page.

    Nguyễn Tấn Hưng nous convie donc à remonter le temps et à retrouver de nombreux lieux : tout d’abord le berceau familial dans la région de Sơn Tây, à l’extrémité orientale de la grande plaine du fleuve Rouge et qui ouvre vers les régions montagneuses du Tonkin; puis Hanoi, immense terrain de jeu pour un jeune écolier qui comprend déjà pourtant les effets de la guerre et qui découvre grâce à un instituteur quelques traits de la culture bretonne; puis Saigon, terrain d’expérimentation d’un adolescent qui goûte les volutes du sentiment amoureux, de la poésie et des cigarettes. C’est ensuite le départ pour la France en 1961 et la découverte de Paris par un jeune étudiant en médecine vétérinaire, pour « fuir la société vietnamienne qui m’étouffait », pour « vivre la culture française qui m’avait fait tant rêver ». Quartier latin, rapatriement des pieds noirs en métropole, début d’émancipation sociale en arrière-plan, le brillant étudiant poursuit sa formation, sa découverte des régions françaises jusqu’à son séjour en Lorraine au cours duquel il rencontre celle qui partagera sa vie, Marie-Françoise, non s’en s’être battus ensemble contre les préjugés. Diplôme en poche, contrat de travail en vue, mariage consommé, la famille reste encore mobile, entre Bruxelles, la région parisienne mais elle s’enracine déjà et elle prospère. Elle prendra définitivement racine (ce que les Bretons appellent gwriziad) près du golfe du Morbihan lorsque le spécialiste en toxicologie montrera toute l’étendue de ses compétences au sein de la société Guyomarc’h, alors à la pointe de la recherche en alimentation animale. Comme il l’écrit à plusieurs reprises, « la Bretagne m’a généreusement accueilli, Guyomarc’h m’a grandi ».

    Mais l’arrière-plan, c’est aussi guerre du Viêt Nam, les tourments cachés d’un éloignement de la famille et du pays natal qui n’avait pas été prémédité, le refus aussi de prendre part dans cette guerre qui a été pour lui, comme pour la majorité des Vietnamiens, réellement fratricide. Les Accords de Paris ouvrent en 1973 de nouveaux espoirs de rapprochement familial et de nouvelles perspectives professionnelles. Mais la dernière offensive sur Saigon le 30 avril 1975 sonne comme un funeste tocsin. Réunification du pays sous un régime autoritaire, exode des boat people dont ses parents, frères et sœurs qui transitent par Guam, accueil des réfugiés mais aussi retournement de la conjoncture économique mondiale caractérisent ces années Giscard en France. Il n’empêche, Hưng poursuit avec acharnement sa carrière professionnelle, reconstitue sa famille élargie et garde toujours en tête de développer ses activités au Viêt Nam. Malgré les difficultés d’alors, il s’évertue à payer sa dette d’étudiant boursier, ce que les confucéens appelaient la dette du collet bleu (nợ thanh khâm) ou dette de vêtement et de nourriture, et soutenir la reconstruction de son pays natal. Ceci se réalisera finalement lorsqu’en 1997, un accord de coopération sera signé puis que la fondation Guyomarc’h œuvrera tout particulièrement sur place dans les domaines éducatifs et culturels.

    L’entrée dans le XXIème siècle marque une nouvelle transition, celle de la retraite qui approche et du temps libre qui permet de consacrer du temps aux humanités à l’École Pratique des Hautes Études et surtout de s’engager dans la recherche de la poésie perdue. Le pas est franchi en 2007 de publier des premiers recueils gardés jusqu’alors sous le boisseau. Depuis, la plume est intarissable. C’est aussi un temps où les souffrances se font fatalement plus vives, douleurs physiques du temps qui passe, douleurs de la maladie qui nous arrache nos êtres tant chéris. Mais la poésie reste, de même que les amis; quant aux petits-enfants, non seulement ils sont bien présents, mais ce sont eux qui incitent à s’inventer grand-père tout autant qu’il leur revient de perpétuer la lignée en se faisant les gardiens de cette sagesse des vies passées, de cette joie de vivre partagée.

    Cette composition n’est pas un soliloque mais bien une conversation à distance. Distance avec un temps révolu, celui de l’enfance, du « môme » que l’on retrouve toujours « derrière les masques » de l’âge adulte; distance de la famille et du pays natal dont les senteurs nous envahissent toujours lorsqu’on s’y attend le moins; distance des êtres aimés, partis trop tôt, comme poussés par le Vent d’Est et le Noroît. Distance donc, laissant entrevoir des points de nostalgie et de mélancolie. Mais distance propitiatoire également, celle qui est acquise par l’expérience, celle qui permet de prendre de la hauteur, de trouver la difficile voie du juste milieu; celle qui dissout les illusions pour mieux s’enraciner dans ce monde-ci sans rien abandonner des traditions inculquées; celle qui sait transformer les pertes en vénération des mânes.

    Quant à la conversation, elle est naturellement celle que vous formalisez, cher Hưng, ici avec vos petits-enfants avides de savoir et dont vous aurez su anticiper l’essentiel de leurs questionnements. Mais conversation bien plus large aussi, celle qui s’engage avec les lecteurs vietnamophiles, bretonnants, passionnés de poésies et de haïku. Cette quête insatiable des correspondances intimes entre les deux langues française et vietnamienne, entre les légendes vietnamiennes et les saints bretons, entre deux histoires nationales fait de vous un passeur, un médium.

    Avant que vous ne réalisiez, comme à l’accoutumée, l’ouverture du pinceau en ce début d’année Kỷ hợi, celle du Cochon de Terre, voilà donc que je rebouche mon stylo non sans vous réitérer tous mes remerciements, tous nos remerciements, pour le texte que vous nous offrez, lequel n’est rien moins qu’un don de soi.

     

     Avant-propos

     

     

    Je n’ai jamais relu mes publications,

    De peur d’y retrouver mes imperfections …

     

    Par ailleurs, ma vie, comme pour bien d’autres, n’a pas toujours été un long fleuve tranquille :

     

    La vie en zigzag

     

    Je n’ai jamais tenu le plus petit journal,

    J’envie ceux qui savent avec brio inscrire

    Les événements qui les font gaîment sourire

    Et le quotidien qui leur fait le plus grand mal.

     

    Oui, même quand la vie en zigzag chaloupe,

    Et que le temps a fait, et très mal fait, ses œuvres,

    Et qu’il est dur, très dur, d’avaler des couleuvres,

    Faut-il par désespoir cracher dans la soupe ?

     

    Tạm dịch :

     

    Con đời láo nháo

     

    Tôi chưa bao giờ viết nhật ký,

    Thèm ghê kẻ giỏi hàng ngày ghi

    Chuyện vui dễ cười ngay tức thì

    Và những hôm họ đau tận tủy.

     

    Vâng, khi con đời chạy láo nháo,

    Khi thời gian tàn phá bạc phai,

    Khi phải nhịn bao việc không oai,

    Dù bực, đâu nhả được cơm cháo ?

     

                                        1.6.2006

    (In Poèmes inter mi-temps, 2007, p. 69)

     

     

    Mais depuis que je suis entré dans cet EHPAD (Établissement d’Hébergement pour Personnes Âgées Dépendantes), pour continuer à aider mon épouse injustement frappée par la maladie d’Alzheimer, j’ai commencé à feuilleter mes premiers livres, des recueils de poésie.

    J’y ai rencontré du plaisir - narcissique ? - en relisant des vieux souvenirs, dont j’ai oublié beaucoup, comme des amis que j’ai longtemps négligés.

    Et surtout, avec émotion et gratitude, j’y ai retrouvé, par ci et par là, mes bons parents et ma chère Marie-Françoise, des êtres humbles mais exceptionnels qui m’ont fait ce que je suis devenu. Sans oublier mes petits-enfants qui ont donné un nouveau souffle à ma plume.

    En effet, tout comme le Petit Poucet avec ses cailloux, j’ai semé de très nombreuses tranches de ma vie dans mes livres ou dans des manuscrits qui dorment encore dans mes dossiers.

    En outre, j’ai redécouvert des petits bouts de papier griffonnés n’importait où, qu’a ramassés et soigneusement conservés mon épouse.

     

    À Marie-Françoise

    qui, loin d’être grivoise,

    a conservé

    depuis une éternité

    mes vieux papiers,

    par petits bouts

    griffonnés n’importe où.

    Sans son amour fou,

    je serais resté

    le voyageur étranger

    perdu et enfermé

    dans le triste univers

    de ses pauvres vers,

    solitaire.

     

    (In Poèmes inter mi-temps, 2007, exergue)

     

    Récemment, mon ami Pascal Bourdeaux, un fidèle parmi les fidèles, m’a suggéré, par compassion envers ma situation, d’écrire mon autobiographie.  Je l’ai écouté et essayé de remettre un certain nombre de mes poèmes disparates dans un ordre chronologique plus logique que celui de mes élucubrations inspirées par des souvenirs qui avaient surgi brusquement de temps en temps. Cependant, par honnêteté, je garde la date de leur composition quand elle existe.

    C’est le sujet du présent recueil.

    En espérant qu’aucun lecteur me traite de vieillard exhibitionniste qui déballe sa vie avec indécence.

     

    Đông Phong Nguyễn Tấn Hưng

                     Printemps 2018
     

     

     

     

     

     

     

     

     


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