• Contes et légendes du Viêt Nam (3)

     

    Papy, conte-nous ta terre lointaine (3)

     

    3. Une histoire fabuleuse

     

    Oui, mes chers petits-enfants, papy vient d’une terre lointaine fabuleuse où les dragons et les fées ont façonné le paysage et l’histoire.

     

    En effet, le peuple vietnamien descend du mariage du Roi Dragon et de la fée Âu Cơ. Le Roi Dragon avait son royaume dans les profondeurs de la mer et la fée Âu Cơ était originaire des montagnes qui bordent encore le delta du Fleuve Rouge.

     

    De leur union, Âu Cơ donna naissance à une grande poche contenant cent œufs d’où sortirent ensuite cent enfants.

     

    Mais malheureusement, malgré leur grand bonheur d’avoir obtenu du Ciel une si grande famille, le Roi Dragon dépérissait de jour en jour, miné par la nostalgie du pays de son enfance. La reine Âu Cơ eut pitié de lui et, par amour, lui permit de retourner chez lui au fond de la mer.

     

    Ce fut une séparation douloureuse mais équitable : le Roi Dragon retourna à la mer avec cinquante enfants, en laissant les cinquante autres auprès leur mère qui s’installa de nouveau dans ses montagnes natales.

     

    Ce sont ces derniers qui, en se reproduisant, ont formé la nation vietnamienne.

     

    Ils prospéraient et fondèrent, il y a plus de trois mille ans, le royaume de Văn Lang dont les souverains se nommaient Hùng Vương ou Rois Héroïques, qui avaient régné, paraît-il, pendant dix-huit générations.

     

    Le dernier de ces rois, Hùng Vương le Dix-huitième, avait une fille unique prénommée Mỵ Nương qui possédait une beauté exceptionnelle. Bien sûr, tous les rois voisins voulaient demander sa main pour leurs fils. Mais le roi Hùng, qui n’oubliait pas ses origines fabuleuses, refusait chaque demande en mariage car il voulait pour gendre un être doué de pouvoirs extraordinaires.

     

    Puis un jour vinrent à la cour deux jeunes hommes : l’un se présenta comme Sơn Tinh (Esprit des Montagnes), et l’autre Thủy Tinh (Esprit des Eaux). Tous les deux souhaitaient épouser la princesse. Quand le roi leur demanda ce qu’ils savaient maîtriser comme pouvoir magique, Sơn Tinh montra la montagne et celle-ci s’ouvrit largement pour le laisser passer. Quant à Thủy Tinh, il prit de l’eau dans sa bouche, puis la cracha violemment en l’air, et immédiatement une grosse averse tomba du ciel.

     

    Le roi Hùng fut très heureux de voir ces prouesses surnaturelles, mais bien embarrassé aussi : de ces deux jeunes gens doués de tels pouvoirs magiques, qui donc va-t-il pouvoir choisir pour gendre ?

     

    - Messieurs, dit-il après une longue réflexion, vous êtes également extraordinaires tous les deux, mais je n’ai qu’une seule fille. Bon, retournez maintenant chez vous, et celui qui reviendra le premier demain avec des cadeaux de fiançailles pourra épouser ma fille.

     

    Le lendemain matin, de très bonne heure, ce fut Sơn Tinh (Esprit des Montagnes) qui revint le premier, chargé de cadeaux en provenance de ses montagnes : or, rubis, jade, émeraude, encens, cannelle, oiseaux multicolores, tigres, singes et éléphants bien obéissants, etc. Il put donc, comme convenu, épouser la belle princesse Mỵ Nương.

     

    Quand Thủy Tinh (Esprit des Eaux) arriva en retard, il fut fou de rage. Pour se venger, il convoqua les plus grosses pluies pendant qu’il fit monter le niveau de la mer pour amener sur la terre ferme toute son armée de monstres marins. Les eaux débordèrent des fleuves et inondèrent toutes les rizières du delta.

     

    Pour secourir le royaume de son nouveau beau-père, Sơn Tinh (Esprit des Montagnes) envoya des tonnerres et des foudres pour tuer les envahisseurs marins. Il fit souffler aussi un grand vent afin de repousser les eaux vers la mer.

     

    Et de temps en temps, leur bataille se répète encore aujourd’hui : c’est pourquoi il y a si souvent des orages et des inondations dans le delta du Fleuve Rouge.

     

    Voilà, mes chers petits-enfants, il y a tellement de monts et merveilles dans ma terre lointaine. Mais comme vous voyez, la nature y est très dure et elle nous crée parfois bien des misères.

     

     

    Sources.

     

    Lĩnh Nam chích quái (Les contes merveilleux de Lĩnh Nam) (orig. 1492-1493, préfacé par Vũ Quỳnh et postfacé par Kiều Phú), Version en quốc ngữ par Đinh Gia Khánh et Nguyễn Ngọc San, Hanoi, Nhà Xuất Bản Văn Hóa, 1960, 72-75.

     

    Đại Việt sử ký toàn thư (Mémoires historiques au complet du Đại Việt), (orig. 1697, ci-après : Toàn thư), version en quốc ngữ par Ngô Đức Thọ, Hoàng Văn Lâu, Hà Văn Tấn, Ngô Thế Long, Nguyễn Khánh Toàn, Phan Huy Lê, Hà Nội, Nhà Xuất Bản Khoa Học Xã Hội, 1998, tome I, pp. 132-135.

     

    Giovanni Filipo de Marini, Relation nouvelle et curieuse des royaumes de Tunquin et de Lao, Traduite de l’italien du P. Mariny Romain par L.P.L.C.C., Paris, Gervais Clouzier, 1666, pp. 4-7.

     

     

     


  • Commentaires

    1
    Jacques Premel-Cabic
    Samedi 27 Juin 2015 à 08:12

    Merci Roi Hung pour cette histoire absolument envoutante, car si bien racontée. Viet-Nam et Bretagne, même combat........ou plutôt même bonheur, de par la grand richesse de légendes, que ces deux lieux magnifiques de notre Terre possèdent, j'irai jusqu'à ajouter...... en commun !

    Je comprends maintenant pourquoi, un célèbre véto-poète du Tonkin est tombé amoureux de la Petite Mer de Bretagne.

    Douce fin de semaine à toi et tes chers, ami Dông Phong,

    En toute ferveur et amitié,

    Jakez

     

     

    2
    Samedi 27 Juin 2015 à 16:15

    Merci, cher Jakez.

    Pour plagier l'historien Marc Ferro, c'est le "roman de la nation" vietnamienne.

    Bon weekend, 

    Bien amicalement.

    Dông Phong

     

     

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