• Kim Vân Kiêu

     

     

       

    Chers ami(e)s,

    J’ai le plaisir de vous annoncer la parution de mon 18ème opus dont le sujet est la magnifique traduction par René Crassac (1926) du Kim Vân Kiều du grand poète vietnamien Nguyễn Du (1765-1820).

    Considéré comme un « trésor national » du Viêt Nam, Kim Vân Kiều est un roman versifié de 3254 vers en écriture démotique nôm et en prosodie « six-huit » (suite de distiques de 6 et 8 monosyllabes avec des rimes dorsales et caudales alternées). Ce long poème épique raconte le karma cahoteux d’une jeune Chinoise du XVIème, belle et talentueuse, qui a dû se vendre pour empêcher le procès inattendu et injuste que devait subir son père. Afin de le traduire dans la langue de Molière sans oublier « des talons à la tête … mille détails minutieux, aussi subtils que fils de soie ou que cheveux », René Crayssac a paraphrasé le chef-d’œuvre de Nguyễn Du en 8486 alexandrins.

    Quant à René Crayssac, né le 19 septembre 1883 à Izon, en Gironde, et décédé le 22 juin 1940 à Pierrefeu-du-Var, c’était un journaliste, écrivain et poète français, fort prolifique mais quasiment oublié à présent.

    Pour bien faire saisir les innombrables allusions littéraires et historiques qui émaillent l’œuvre, je me suis permis d’annoter la traduction de René Crayssac.

    Enfin, ma publication est honorée d’une très généreuse préface de Monsieur Henri Copin de l’Université de Nantes et de l’Académie littéraire de Bretagne et des Pays de la Loire.

    Đông Phong Nguyễn Tân Hưng

     

     

    Références de la publication :

     

    Nguyễn Du

    (1765-1820) 

     

    Kim Vân Kiều

     

    Traduit en vers français
    par René Crayssac (1926)

    Annoté par Nguyễn Tấn Hưng

    Préfacé par Henri Copin 

     

    462 pages

    ISBN : 978-2-35664-103-8

    Éditions Joseph Ouaknine

    http://www.ouaknine.fr 

    e-mail : joseph@ouaknine.fr 

     

     Livres faits main à la manière de vieux grimoires, reliés cuir, dorés sur tranches

     

    Préface 

    Approcher par étapes le Pont de Lam…

      

    Henri Copin

    Université de Nantes

    Académie Littéraire de Bretagne et des Pays de la Loire

     

    Cher Đông Phong-Nguyễn Tấn Hưng, c’est un redoutable honneur que d’avoir à proposer une préface à votre nouvel opus, et bien que j’aie eu le privilège de le faire pour deux de vos ouvrages, je me sens aujourd’hui très embarrassé pour m’acquitter de ce devoir d’amitié. Et très intéressé à relever ce nouveau défi !

    Vous ne présentez pas ici une traduction nouvelle du Kim Vân Kiều de Nguyễn Du, chef-d’œuvre intemporel inscrit au cœur des Vietnamiens comme une composante de leur identité culturelle. Vous aviez démontré, il n’y a guère, combien l’art de traduire stimulait vos capacités d’expression poétique, en vous y livrant avec bonheur pour la Complainte d’une femme de guerrier. Et auparavant, vous aviez ciselé une transcription commentée en langue française, toute en légèreté caustique, de quelques 1500 Proverbes et autres Citations populaires du Viêtnam

    Mais ici vous reprenez la traduction, troisième par ordre de publication, élaborée en 1926 par René Crayssac, sans toutefois conserver son imposant prologue consacré à l’arrière plan culturel sino-vietnamien, qui éclairait le texte. Vous choisissez de l’éclairer autrement, par des notes empruntées à deux spécialistes incontestés, datant de 1942 pour Nguyễn Văn Vĩnh,  et de 1996 pour Nguyễn Thạch Giang, auxquelles vous rajoutez vos propres notes. Enfin, vous livrez en même temps le texte que vous avez reconstitué, en quốc ngữ. Ce n’est pas rien.

    N’étant compétent ni pour évaluer le quốc ngữ, ni pour juger les notes très érudites qui enrichissent cette édition, la question que je pose, en lecteur européen de votre Kim Vân Kiều, est donc la suivante : en quoi ces notes permettent-elles de mieux entrer dans les arcanes du texte, avec sa dimension culturelle et poétique de grand classique, ancré dans un univers différent du nôtre ? Tant de références nous sont inconnues, tant d’images, de procédés rhétoriques, d’allusions, nous échappent, sans même nous en rendre compte. Le lecteur européen d’aujourd’hui peut errer dans une sorte de brouillard qui voile l’essentiel du paysage. Il lui faut, pour en dissiper les barrières secrètes, un Sésame.

    Composé au début du XIXème, Kim Vân Kiều raconte l’histoire d’une jeune Chinoise du XVIème siècle, puisée dans un conte de la même époque, que l’auteur enrichit considérablement en ajoutant à un fonds lettré chinois les apports de la poésie populaire et orale vietnamienne. L’intrigue s’organise comme une sorte de magnifique mélodrame : une jeune fille talentueuse, Kiều, voit s’accomplir le funeste présage inaugural qui lui prédit une vie d’épreuves, en expiation de fautes commises dans une vie antérieure, son karma. De fait, au lieu de convoler avec son fiancé secret, le jeune lettré Kim, elle doit, pour sauver son père injustement accusé, accepter un autre époux, puis entrer dans une maison de passe comme courtisane, devenir épouse seconde et brimée, puis bonzesse, à nouveau courtisane de maison de plaisir, mariée à un chef rebelle qui est bientôt assassiné sur ordre du souverain, tenter de se tuer par noyade, puis être recueillie par une bonzesse, et retrouver enfin son cher Kim, lequel a épousé Vân, sœur de Kiều, à la demande de cette dernière, pour honorer une promesse initiale. Enfin, mariée à Kim, mais se jugeant définitivement souillée, Kiều décide que leurs rapports resteront chastes.

    J’emploie le terme de mélodrame, car c’est à ce genre que le lecteur européen peut se raccrocher spontanément en découvrant les aventures de la belle Kiều. Le mélodrame est en genre populaire, avec musique, qui alterne des situations invraisemblables, des temps de bonheur et de malheur, avec des personnages plutôt manichéens, le tout suscitant des émotions vives. Bien que le mot mélodrame soit parfois discrédité, surtout sous sa forme abrégée de « mélo », il n’est pas pour autant péjoratif. Car dans cette succession de situations imaginaires, voire invraisemblables, mais parfois bien moins invraisemblables que celles qui adviennent dans la vraie vie, on peut aussi voir la projection des craintes et des espoirs confus où chacun essaie de comprendre ou de deviner son destin, son salut, sa consolation, son espoir.

    Le mélodrame assume ainsi pour les grandes personnes la fonction du conte pour les enfants : fournir des perspectives d’explication imaginaires aux questions que pose la vie, imprévisible et incompréhensible. Sagesse populaire : le bonheur est un état fragile, mais toujours menacé, tandis que le malheur est un état menaçant mais ne saurait durer toujours… il y aura une issue, courage, tiens bon ! La vie a donc un sens, et il se trouve dans l’imaginaire…  C’est aussi ce que nous disent ces flamboyants mélodrames qui font parfois les grands classiques du cinéma, comme Autant en emporte le vent, par exemple. Quel beau film on pourrait faire du Kim Vân Kiều  !

    Cependant si ce terme de mélodrame peut convenir pour un lecteur occidental, il échoue à rendre compte des composantes propres à la culture sino-vietnamienne qui est en œuvre ici. Les facteurs qui déterminent les destins des personnages proviennent pour partie du confucianisme – piété filiale (tyrannique), respect absolu des engagements, sacrifices acceptés par la fille pour son père, vénération envers le prince, et/ou pour partie du bouddhisme – expiation des fautes accumulées, compassion, conscience du karma. Le lecteur vietnamien perçoit spontanément le texte à l’aide de cette grille, selon son degré de culture, mais le lecteur occidental a besoin qu’on l’éclaire, même si le déroulement du drame en trois grandes séquences - prédestination, expiation, résurrection - peut avoir du sens pour les uns comme pour les autres. Quant aux personnages, aux types littéraires et sociaux qui peuplent le texte, aux références historiques, et aux conventions rhétoriques, elles sont évidemment liées à une connaissance plus érudite dont Đông Phong-Nguyễn Tấn Hưng nous présente les indispensables clés.

    Et la musique, qui est en principe une composante du mélodrame ? Elle fait partie aussi du Kim Vân Kiều. D’abord, sous la forme de la musique du vers, ce rythme si particulier du 6/8, avec ses rimes finales et internes, ces jeux de sonorités, dont nous n’avons pas d’exact équivalent dans notre prosodie française monotonale. C’est cet ensemble de contraintes, à la fois complexes et souples, qui fait pour les Vietnamiens le prix de ce chef d’œuvre.

    La musique est aussi, sous une autre forme, dans le retour des expressions, des images, des formules qui signent une expression poétique, évoquent une époque, une convention, une langue particulière, un écho lointain de l’histoire. Or pour la plupart, ces allusions et ces conventions nous sont inconnues. Ainsi le vers 9 nous dit : « pour que des verts mûriers la mer prenne la place ».  Sans la note de Đông Phong-Nguyễn Tấn Hưng, l’image reste aussi obscure que sa référence. De même pour « les joues roses », qui désigne les femmes, ou « les entrailles brisées», c’est à dire les courtisanes. Et les « Neuf Sources Jaunes », et « l’Immortelle Tố Nga », avec son « oblique regard », et « le Jardin aux Pêchers », et « le fleuve Tương », faute d’en comprendre le sens métaphorique, ne pourraient nous embarquer dans leur atmosphère de douce poésie venue des temps lointains. Ces notes nous font approcher, par étapes, le Pont de Lam (voir la note 30) …

    Le Kim Vân Kiều se prête à des lectures différentes, comme les grandes œuvres que l’on interroge au fil du temps, en en renouvelant le sens. Certains y questionnent  l’histoire personnelle du lettré Nguyễn Du, déchiré entre deux maîtres et deux époques et deux devoirs. D’autres y lisent les éléments d’une unité nationale, la persistance d’une culture populaire contre l’oppression des valeurs féodales, ou la trace d’une dialectique marxiste. D’autres préfèrent y apprendre des dictons, des aphorismes qu’ils se répètent. D’autres encore y retrouvent des personnages types, le suborneur, la courtisane, le rebelle, comme nous retenons de Molière les figures d’un avare ou d’un misanthrope.

    C’est la force du Kim Vân Kiều d’offrir tant de supports aux interprétations. Ce n’est possible pour le lecteur européen que grâce à ce beau travail de passeur, passeur de livres, passeur de cultures, que nous offre ici Đông Phong-Nguyễn Tấn Hưng. Il permettra à chacun de se confronter à un monde inconnu ou mal connu, d’y retrouver des questions et des réponses qui le concernent directement, car elles ont valeur universelle.

     

     

     


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